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Règne artificiel

Règne artificiel

Rosalie Dumont-Gagné

16/02 — 15/03/2012

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Règne artificiel I et II s’inspirent librement de l’architecture dite « réactive », courant qui explore comment les systèmes naturels et artificiels interagissent. Art, technologie et design, tels qu’ils s’incarnent dans ce mouvement, cherchent à dépasser la dichotomie de nos schèmes habituels de pensée : les oppositions comme sujet /objet, forme / fonction, organique / inorganique, statique / dynamique. L’un des modèles pour la conception et la réalisation de tels environnements demeure le bio-mimétisme, c’est-à-dire la simulation numérique de fonctions, de comportements et de l’agir des vivants.

Les deux oeuvres se composent d’une multitude de cellules gonflables qui se déploient dans l’espace, manière d’ajout à la structure architecturale préexistante. Suspendues au plafond, les différentes « cellules » de règne artificiel forment une sorte de canopée se déployant dans la moitié supérieure d’un espace blanc immaculé baigné d’une lumière légèrement bleutée. Lorsque des visiteurs pénètrent « leur espace », les cellules réagissent en s’animant d’un lent mouvement d’expansion contraction évoquant celui de la respiration. Règne artificiel II quant à elle se déploie dans un espace obscur et prend la forme d’une installation immersive composée d’un réseau d’objets lumineux également animés d’un lent mouvement d’expansion contraction. Lorsqu’un visiteur s’y s’engage, les cellules de l’installation réagissent par des changements de rythme respiratoire et des fluctuations d’intensité lumineuse.

Ainsi dotées du potentiel de « ressentir » la présence des êtres vivants et « d’y réagir », les deux installations tendent à provoquer une réponse affective intense chez le visiteur, qui s’engage alors dans une relation bilatérale avec ces dernières. Formellement inspirés de l’imagerie cellulaire, les différents modules affichent un caractère résolument organique, mais sont paradoxalement fabriqués en plastique, puis animés par le biais de dispositifs électroniques et mécaniques. Ces contradictions matérielles créent une atmosphère d’inquiétante étrangeté. L’inquiétante étrangeté (the uncanny) est un concept freudien faisant référence au « doute suscité soit par un objet apparemment animé dont on se demande s’il s’agit réellement d’un être vivant, soit par un objet sans vie dont on se demande s’il ne pourrait pas s’animer ».

Évoquant l’univers de la science-fiction, le déploiement de Règne artificiel I et II dans deux espaces adjacents forme un trajet, qui de par sa nature ambiguë, crée une singulière impression d’émerveillement ou d’anxiété. L’expérience proposée amène ainsi le public à s’interroger sur les frontières entre nature et artifice, et à examiner sa propre condition organique en regard de sa participation à un contexte technologique.

Date: décembre 13, 2016